L’ADISQ, l’association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo, se dit décontenancée par la décision rendue publique vendredi par le CRTC, en matière de politique sur la radio commerciale.
L’ADISQ constate que, sur tous les aspects du cadre réglementaire de la radiodiffusion canadienne qui sont d’une importance capitale pour le milieu de la production musicale, le CRTC ne fait que confirmer les dispositions de la politique de 1998, malgré les failles évidentes que celle-ci a démontrées avec les années
Dans son mémoire de près de 500 pages, déposé en mars dernier, l’association avait démontré que l’évolution de l’industrie de la radio commerciale, depuis l’entrée en vigueur de la dernière politique, justifiait une sérieuse mise à niveau des engagements des radiodiffuseurs sur deux principaux plans : la contribution au développement des talents canadiens, d’une part, et la mise en valeur de leur pleine diversité, d’autre part, notamment dans le cas de la musique vocale de langue française. En optant pour le statu quo, le CRTC manque un rendez-vous important, où l’industrie de la musique se serait vu offrir une base plus solide pour asseoir son avenir.
La montagne a accouché d’une souris
Selon Solange Drouin, vice-présidente aux affaires publiques et directrice générale de l’ADISQ, « il est difficilement compréhensible qu’après presque un an de réflexion, et après avoir consulté 194 mémoires et écouté une cinquantaine de parties dont aucune ne recommandait le statu quo, le CRTC ait choisi, essentiellement, de ne rien changer au cadre réglementaire actuel. Le Conseil, notamment, admet le bien-fondé des démonstrations qui lui ont été faites par le milieu québécois de la production musicale, mais choisit d’ignorer les conclusions qui en découlent. Nous sommes extrêmement dubitatifs devant une telle absence de volonté d’améliorer les conditions de développement de la musique canadienne. »
Rappelons que, dans son mémoire, l’ADISQ avait proposé deux principales améliorations à la politique en vigueur :
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l’instauration de règles en vue de favoriser une meilleure représentation de la diversité de la création musicale de langue française sur les ondes des radios commerciales, notamment la création d’un quota de nouveautés et un meilleur encadrement des montages (le montage est une pratique qui permet aux radios de diminuer en apparence le nombre de pièces anglophones programmées, ce qui induit de faux résultats quant à la proportion réelle de contenu francophone diffusé) ; et
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l’augmentation, à hauteur de quelque 17 millions $ par année, de la contribution des radiodiffuseurs au développement des talents canadiens une augmentation d’autant plus justifiable que la situation financière des radiodiffuseurs a fait l’objet d’une progression spectaculaire depuis la fin des années 1990.
Sur le premier point, le CRTC affiche son intention à proprement parler stupéfiante de la part d’un organisme réglementaire de procéder au cas par cas, à la manière d’une simple instance de surveillance. Il promet de se montrer vigilant devant les stations qui pratiquent un recours abusif aux montages, et de demander aux stations de radio, dans le cadre du renouvellement de leurs licences, d’expliquer comment elles comptent mettre en valeur la nouveauté musicale dans leur programmation. «Malheureusement, commente Solange Drouin, il reviendra sans doute à des organismes comme l’ADISQ, qui n’ont pourtant pas les ressources du CRTC, d’analyser en permanence les pratiques des radios commerciales pour en faire rapport au Conseil et suggérer des correctifs. En clair, le CRTC vient de se décharger de ses prérogatives réglementaires en les transformant en fardeau opérationnel pour des associations comme la nôtre. En outre, il instaure un environnement proprement ingérable où les radiodiffuseurs ne seront pas soumis à des règles communes mais plutôt à une série disparate d’ententes négociées à la pièce. »
Sur le second point, le CRTC augmente la contribution des radiodiffuseurs de manière à ce point marginale et en ouvrant le champ des projets admissibles de telle façon qu’on peut se demander si la chanson francophone ne disposera pas d’un soutien financier encore moindre que par le passé. Alors que les revenus de l’industrie canadienne n’ont cessé de croître depuis 1998 et ont atteint en 2005 1,3 milliard $, le CRTC n’exige d’elle qu’une contribution supplémentaire de quelques millions de dollars au développement du contenu canadien qui constitue pourtant la majeure partie de sa programmation.
Une consolation
Selon le président de l’ADISQ, Paul Dupont-Hébert, le milieu québécois de la
production
musicale peut au moins se consoler du fait que l’industrie de la radiodiffusion elle-même s’avère aussi déçue par la décision du Conseil : « le CRTC n’a pas prêté foi aux prétentions de radiodiffuseurs quant à la nécessité d’alléger la réglementation à laquelle ils sont soumis, face à la concurrence des nouvelles technologies de diffusion. Il a plutôt accepté notre démonstration à l’effet que cette concurrence demeurait marginale et peu significative dans l’avenir prévisible, et que rien ne justifiait un allègement des obligations réglementaires des radios. »
L’ADISQ, bien qu’elle considère avoir réussi à éviter le pire pour l’industrie québécoise de la musique, se déclare donc à la fois perplexe et insatisfaite devant la nouvelle politique adoptée par le CRTC des sentiments d’ailleurs partagés par deux conseillers dissidents qui, chose rare dans le cadre d’une politique, ont tenu à exprimer une opinion minoritaire.
L’association compte étudier plus en détail les outils et les recours que lui laisse la nouvelle politique, afin de faire en sorte que les objectifs dont elle a démontré la nécessité, et qui ont été pourtant admis par le CRTC, ne soient pas complètement abandonnés dans les faits.
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Source :
Solange Drouin, ADISQ
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